Les IA vont-elles remplacer la littérature ?

L’intelligence artificielle écrit désormais à la manière de Virginia Woolf, William Faulkner ou Philip K. Dick. Mais peut-elle faire surgir cette voix intérieure, singulière et parfois douloureuse, qui est celle d’un écrivain ? Liée à l’expérience d’une vie ? Je livre ici une réflexion sur ce que les machines savent produire, mais aussi sur ce qui leur échappe : le mystère de l’expérience humaine, de la création, et de cette nécessité irrépressible qui pousse à écrire des livres qui ne pouvaient pas ne pas être écrits.

Standardiser pour exister sur le marché

Très peu d’humains aujourd’hui ont accès à leur monde intérieur, à leur singularité propre, à leur voix intérieure unique. Nous vivons dans des sociétés où les marques, les expériences, les individus doivent être standardisés et rapidement identifiables pour accéder en se connectant au marché. Cette standardisation, liée à nos croyances démocratiques, ruine toute singularité réelle. C’est ce qui en train d’arriver à la littérature avec les IA.

C’est ce véritable drame de la société industrielle que les réseaux sociaux et autres IA vont accélérer.

Mais cette contamination de la voix humaine par la technologie n’est pas nouvelle. Elle a même changé la littérature. Des rouleaux de parchemin à la lecture de masse en passant par l’imprimerie, la « technologie » a été une condition de démocratisation des textes, de leur accès au plus grand nombre. , A la Renaissance, chaque protestant s’est retrouvé devenir un petit pape, avec sa Bible à la main, imprimée en langue vernaculaire. L’impact de la technologie est donc ambivalent. Mais il est vrai que de nombreux textes parus depuis le début du XXe siècle auraient pu être écrits par cette espèce de Vox populi facile à comprendre par le plus grand nombre que reproduisent les IA.

La singularité de l’œuvre d’art

Imaginons un pèlerin qui découvrait la statue du Christ de Vézelay au XIIe siècle, pour la première fois de sa vie alors qu’il entrait dans le Narthex de la Basilique, véritable carrefour de la Chrétienté où se croisaient tous les chemins spirituels de pèlerinage vers Compostelle ou Jérusalem. Celui-ci faisait face à une imposante statue de pierre semblant voler dans les cieux. Notre pèlerin découvrait dans les caissons de pierre, toutes les nations de la terre représentées sous des formes extraordinaires : les pygmées si petits qu’ils montaient sur leur cheval avec une échelle, les gens de la vallée du Nil, les fameux panotipi ! avec leurs immenses oreilles ! Tous directement sortis de l’imaginaire des moines médiévaux et de leurs bibliothèques. De la voie à la voix il n’y avait qu’une lettre. Celle du chemin intérieur et des œuvres de l’esprit. Et évidement la multiplication de nos images modernes laisserait un médiéval dans un abime de perplexité.

Dans un article célèbre publié en 1935, Walter Benyamin s’interroge sur L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Il dit que la démultiplication des œuvres d’art par la technique change leur nature. Premièrement, il y a une perte de l’aura, ce que dégage une œuvre d’art comme une expérience authentique, originale, unique, irremplaçable. L’œuvre devient alors culturelle. Elle prend valeur par son exposition aux masses. Elle n’est plus une expérience religieuse ou lié à la tradition pour devenir un fait démocratique. Et enfin Benjamin pense que l’art, prend une valeur politique manipulable. Elle devient un symbole et un outil de combat idéologique, pour lui le communisme. Il faut relire Benjamin à l’heure de la mécanisation de l’écriture non plus par des machines à écrire mais des IA.

Machine à écrire d’Ernest Hemingway

Le problème est que les quand vous rentrez des scripts dans une intelligence artificielle, que ce soit Claude ou ChatGPT, elle recrache quelque chose qui ressemble à ce que vous auriez écrit de plus efficace.

Même si les IA peuvent écrire à la manière de Balzac ou de Proust, et pourquoi ne pas les interroger pour cela ? ces intelligences artificielles produisent des phrases très efficace, dont vous vous dites : « Ah oui, c’est exactement ça que j’aurais dû écrire. »… sauf que ce n’est pas vous. Sans parler de l’inépuisable alourdissement du style avec des paraphrases redondantes. La culture c’est comme la confiture, etc…[1]

En faisant cela, vous perdez qui vous êtes comme auteur, vous perdez votre capacité à vous dépasser et donc effectivement, le mystère de l’écriture. Ce chemin de souffrances et d’immenses joies.

Au début c’est sympa mais au bout d’un moment ce n’est plus vous. C’est la voix de tout le monde. Ce logos que les grecs entendaient comme une rumeur dans les ports barbares cinq siècles avant notre ère. Ce murmure de la rue quand vous ouvrez la fenêtre au vingt cinquième étage d’un building à New York. Ce murmure d’une leçon de piano lointaine dans les escaliers humides d’un vieil immeuble napolitain.

L’impact de l’IA sur la littérature nous renvoie à une vieille question : qu’est-ce qu’écrire ?

Qu’est-ce qu’écrire ?

J’ai écrit 16 livres et publié environ 5 000 pages et j’ai réfléchi un peu sur ce qui m’est arrivé au cours de ces 21 années d’écriture.

En méditant l’expérience de ce pauvre Thélyson Orélien, accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour écrire son roman, ce dont je ne doute pas, mais ce qui n’enlève absolument pas toute valeur à l’expérience et à la voix de cet homme. Ce sont bien des mots qu’il assume ! La voix d’une expérience vitale qui n’a rien d’artificiel.

D’autre part, je ne suis pas compétent dans ce type de littérature, mais mon éditrice, Nathalie Philippe, chez qui je vais publier Nos Métamorphoses en novembre, et est une experte de la littérature afro-caribéenne, après une longue expérience à l’Alliance française en Afrique m’affirme qu’il est un auteur important.

Je vais tenter d’essayer d’expliquer à partir de ma propre expérience d’écriture et artistique. Pour moi, écrire consiste à rentrer dans un espace de création clos, où l’auteur se met en difficulté. Il va à la rencontre de la voix qui l’habite. Et sur le chemin de cette recherche il rencontre ses propres démons. Son manque de sincérité et le prix de la vérité, sa solitude fondamentale et sa finitude, le jaillissement de l’écriture qu’il ne contrôle pas.

Il y a très peu de William Faulkner, de Philip K. Dick ou de Virginia Woolf tout simplement parce que l’acte de création demande une ascèse insensée. La question qui se pose pour la littérature à l’heure de l’IA n’est pas le fait qu’on puisse écrire avec des IA. C’est surtout le fait qu’il y a en réalité très peu d’auteurs capables de ce chemin.

Quand on écrit un livre, il se met en place une petite voix intérieure et cette petite voix qui est très proche d’états psychiques défaillants nous tire à travers pages jusqu’à la conclusion provisoire qui appelle un prochain ouvrage.

Pourquoi ? Parce qu’un auteur est en réalité une voix qui devait de toute manière s’exprimer si j’ose dire, et toute la difficulté de la personne qui écrit est de rester fidèle à cette voix, à son jaillissement dans la surprise du verbe à venir.

Cette petite voix intérieure prend le pas sur la personne. À tel point que celui qui écrit est dépassé par le résultat sur la page… A moins qu’il n’en revienne déçu et parfois désespéré de ne pas avoir franchi l’obstacle. N’importe quel auteur en fait l’expérience.

Cet accès aussi infime soit-il, à la voix intérieure (je ne parle pas de schizophrénie !) est pourtant indispensable, à la survie de l’espèce humaine. Car, jaillie de rien, l’écriture transmet de manière contagieuse une flamme qui réchauffe les autres. Les arrache au mensonge, à leur déréliction et à leur condition de créature vulnérable projetée dans un monde absurde.

Cette noosphère est directement connectée à la biosphère qui environne les humains. C’est l’atmosphère que nous respirons. Sans cet oxygène, la vie et la voix humaine meurent.

La voix de la civilisation humaine

Le penseur allemand Peter Slotedijk, une des voix les plus originales de notre temps, dans Règles pour le parc humain décrit ce qu’est la littérature :

« Les livres, observa un jour le poète Jean Paul, sont de longues lettres adressées à des amis ». On ne saurait définir avec plus d’élégance la caractéristique et la fonction de l’humanisme : il est, dans sa quintessence, une télécommunication, une façon de créer des amitiés à distance par l’intermédiaire de l’écriture. Ce que Cicéron a appelé humanitas est l’une des conséquences de l’alphabétisation. Depuis que la philosophie existe en tant que genre littéraire, elle recrute ses partisans par des écrits contagieux sur l’amour et la sagesse. Elle n’est pas seulement un discours sur l’amour de la sagesse – elle a pour but de susciter cet amour. […] Le maillon le plus important de cette chaîne de correspondance a sans doute été la réception par les Romains de la missive des Grecs. […]  Sans la codification sur des rouleaux de papier transportables, jamais ces courriers que nous appelons la tradition n’auraient pu être envoyés. […]  Si l’on parle aujourd’hui en allemand des choses humaines, c’est en grande partie grâce au fait que les Romains ont reçu les écrits rédigés par les maîtres grecs comme des lettres à des amis d’Italie. » [2]

L’intelligence artificielle, pour prodigieuse qu’elle soit, décorrélée du substrat biologique et culturel est incapable de cette voix humaine qui fonde les émotions, l’empathie, les sentiments, les cultures, les spiritualités, l’amitié et les civilisations. Une intelligence naturelle qui traverse l’intelligence les sociétés d’insectes sociaux ou le processus d’assimilation chlorophyllienne du vivant végétal. Car cette intelligence de 3 milliards d’années est liée comme nous au substrat physico-chimique de l’univers bactériel. Ce milieu est la base de l’empathie humaine, comme je l’explique dans Nos Métamorphoses (La Sirène aux yeux verts, 03 nov.)

Les mots qui sont choisis par les IA sont des mots du commun. Évidemment, puisqu’il faut être compris par tout le monde ! Alors que n’importe quel auteur, utilise un dictionnaire de synonymes pour être précis, pour enlever les avoir, faire, être, les adjectifs; pour ciseler son écriture et retransmettre précisément ce qu’il veut dire. Comment une IA pourrait se mettre à votre place pour ressentir ce qui vous arrive à un moment précis et que vous revivez dans l’écriture avec le plus de sincérité possible ?

La fidélité à la voix, pour l’auteur, suppose donc d’accepter une certaine métamorphose, un dépassement de soi vers un inconnu.

L’indigence des IA

La réalité est que les grands écrivains des XIXe et de la seconde partie du XXe siècle venaient de l’art oratoire, la rhétorique romaine de Cicéron. La Captatio benevolentiae permettait de capter l’attention de l’auditeur. Un paradoxe d’ouverture de discours (pardoxon) choquait l’opinion commune. Un chiasme rappelait en conclusion un énoncé signature de début de discours, etc…. Gustave Flaubert passait tout ce qu’il écrivait par son « gueuloir » pour en éprouver le rythme et les sonorités.

La capacité à dérouler un discours sur des heures sans faillir avec style, justesse, convenance et puissance persuasive était la qualité politique, littéraire, homilétique, des grands procès, enseignée et cultivée. Des Bossuet et Fénelon du Grand Siècle Français… à Jaurès, de Gaulle, Malraux, Jacque Brel ou Badinter.

Rien à voir avec le CtrlC CtrlV des traitements de texte modernes. Et les pauvres « c’est à ce moment que commence »… comme un roulement de tambour des IA. Leurs « peut-être » sans conviction qui permettent d’éviter des affirmations trop fortes ou politiquement incorrectes. Tous ces tics de langage, antithèses systématiques, fausses profondeurs, images indigentes, règle de trois, dramatisations d’affirmations aussi péremptoires que banales… font pâle figure face au jaillissement de la voix, de la plume sur le parchemin, le papyrus, puis le papier depuis des millénaires.

Bien sûr, nous nous sommes habitués, à cause de la pub, des tweets, au Sahel du verbe et aux fausses créations du luxe et des influenceurs. Et nous finissons par prendre ces micro-inventions pour des créations. Mais la littérature demeure.

Il est bien évident que ces manières d’écrire influenceront l’écriture comme les tweets ont réduit la profondeur de toute argumentation politique à 280 caractères, espaces compris. Reductio ad Hitlerum en final. Mais qu’apporteront-il à la voix éternellement renouvelée qui engendre ce monde et nos vies à naître ?

L’IA est comme la marée basse. Elle révèle que nous ne portons pas de maillot ! Que très peu d’œuvres dites littéraires ou artistiques sont originales.

Les IA écrivent « à la manière de »… tout le monde. Alors effectivement, il y a plein de gens qui écrivent « à la manière de » et c’est peut-être suffisant et efficaces pour certaines publications scientifiques. Donc pourquoi pas dans ce cadre-là, utiliser des IA ?

L’œuvre à l’heure des IA

La littérature, l’écriture est liée à un parcours personnel et à des expériences originales où l’auteur s’explique avec lui-même et résout au fur à mesure des énigmes personnelles et parfois universelles. J’ai toujours considéré mes livres comme des notes en bas de page de mon existence.

Ce n’est pas seulement une question de « style » mais d’envoutement. Quiconque ouvre un livre de Modiano, se retrouve dans au milieu de la Rue des boutiques obscures, un certain angle de vue sur le monde. Ce bousculement oblige à se repositionner. A voir autrement.

« Peu à peu, j’ai découvert ce que fut jusqu’à présent toute grande philosophie : la confession de son auteur, une sorte de mémoires involontaires et inconscients. »[3] disait Nietzsche.

Tout premier livre est nécessairement une autobiographie. En réalité nous sommes toujours en train d’écrire notre premier livre, pour enfin le réussir.

Depuis Défense à Dieu d’entrer, mon premier livre, en 2005, classé en littérature chez Denoël par Olivier Rubinstein et Héloïse d’Ormesson qui a reçu le Prix des Maisons de la Presse, j’écris un seul livre. Mais est-ce seulement ma voix ?

N’importe quel auteur est souvent un grand lecteur. Quand j’ai écrit Défense à Dieu d’entrer, je lisais et je relisais le curé de campagne de Bernanos. Il m’obsédait. Ce sont des phrases qu’on n’oublie jamais. Une description de la Corse par Prosper Mérimée dans Matéo Falcone ou Colomba est plus vraie que nature pour celui qui connait les lieux.

Des gens comme Philippe K Dick et même en psychanalyse, des gens comme Harold Sales écrivent des mots qui peuvent toucher droit au cœur et à l’esprit.

C’est un autre secret, nous avons reçu la voix des autres qui nous permet de trouver la nôtre.

Des machines peuvent peut-être nous aider à écrire, mais en fait, elles sont dangereuses parce que dès que vous dites quelque chose à ce genre de machine, elles prennent votre pensée et la complètent avec tout un tas de pensées idiotes, des airs connus et jolis, agrémentés de superlatifs inutiles et d’images creuses comme des radis.

Les IA remplaceront peut-être une bonne partie de la littérature de masse, mais celle-ci était déjà sous le coup de ce que disait Walter Benjamin, c’est-à-dire de l’œuvre d’art à l’heure de sa reproduction mécanisée.

Il restera des œuvres portées par des interrogations lancinantes. Des livres qui ne pouvaient pas ne pas être écrits.

Des éditeurs

Il existe une forme d’amitié et de connivence profonde entre ce joueur de casino qu’est l’éditeur et ce grand incompris qu’est l’écrivain.

Autant dire que le travail d’éditeur est compliqué. J’ai été éditeur d’une maison d’édition d’art roman Zodiaque, sur demande du Père Abbé de mon Abbaye, et sans vocation. J’ai ainsi édité un livre sur les femmes au Moyen Age. Je me rappelle encore le processus de négociation du contrat avec Laurence Pernoud, la sœur de Régine qui avait écrit deux livres : J’attends un enfant et J’élève mon enfant, des dizaines de millions de ventes… et moi me tuant à lui dire que nos lecteurs étaient une petite dizaine de milliers de collectionneurs dont certains lisaient nos livres en gants blancs de soie revenu de leurs consultations de médecins…

De nombreux éditeurs font lire les trop nombreux manuscrits qui leur parviennent à des IA. Ils demandent : « Quel est le potentiel de ventes de ce manuscrit ? ».

Ils devraient se rappeler qu’Arthur Rimbaud a imprimé à compte d’auteur 500 exemplaires d’Une saison en enfer, dont presque aucun n’a été diffusé. Que Proust a publié 1 750 exemplaires de Du côté de chez Swann, à compte d’auteur. Que le Moby Dick d’Hermann Melville s’est vendu à quelques milliers d’exemplaires avant de sombrer dans un long oubli. Gide vend 500 exemplaires de Les Nourritures terrestres (1897) en dix ans, selon ses propres confessions. Kafka meurt en 1924 presque inconnu du grand public, après avoir demandé à son ami Max Brod de détruire tous ses manuscrits.

Si la qualité d’un texte était liée à ses ventes « vues à la TV » cela se saurait depuis longtemps. Et les IA n’y changeront rien.

Je me rappelle d’une « maison d’édition pour best sellers » comme ils disaient. L’éditeur faisait lire les manuscrits après signature du contrat, « Sujet verbe complément, phrases de 7 à 8 mots maximum »… aux secrétaires. Quand l’une d’elle piquait de la tête… il fallait revoir le texte… ou le flux de pensée comme dirait Virginia Woolf ?[4]. On était loin du Groupe de Bloomsbury[5] ou du comté de Yoknapatawpha, dans le Mississippi imaginaire de William Faulkner[6]. Longtemps elles n’ont pas dû se « coucher de bonne heure »[7].

Une voix est forcément fragmentée, balbutiante… c’est ce qui fait sa singularité. Le lecteur que vous ne connaissez pas entend cette voix en lui, devenue sienne. Lors des signatures, dans des salons comme celui du Livre et du Vin de Saumur, Cholestérol City, des personnes viennent vous voir en vous parlant de livres parus il y a 10 ans, qui ont changé leur vie.

J’ai échappé au stents… mais pas au Prix littéraire de la ville « Esprit Bacchus, l’hédonisme et l’art de vivre à la française » en 2005. Un livre qui racontait l’austérité d’un couvent ! On m’en parle encore 26 ans plus tard !

L’anxiété, la peur de ne pas être compris, la dépression, les états limites sont au cœur de l’expérience d’écriture. Chaque livre doit dire quelque chose de nouveau non seulement de la voix intérieure qui chuchote avec amour, une voix que seuls entendront quelques lecteurs, mais aussi sur un marché où plein de voix nouvelles et originales s’expriment. L’Editeur est ce Charon vers l’enfer du marché.

Dans Du spirituel dans l’art, Kandinsky dit que l’artiste est la pointe émergée d’un triangle, dont la base est la foule. Et cette pointe émergée entraine les masses et les amène à voir la vie autrement. Il en est exactement ainsi de la littérature, des auteurs et de leurs complices : les éditeurs et les libraires. Ils font avancer l’histoire.

C’est seulement le dépassement, le surgissement créateur, le saut dans l’inconnu sans assurance qui fait l’artiste, le spirituel ou l’écrivain. Et ceci n’est pas reproductible. Et c’est ce saut qui entraîne l’humanité dans des nouvelles formes d’elles-mêmes jusque-là complètement inconnues. J’appelle cela Nos métamorphoses.

L’IA en est, in fine, incapable.


[1] … moins on en a plus on l’étale.

[2] Peter Sloterdijk, Règles pour le parc humain. Une lettre en réponse à la Lettre sur l’humanisme de Heidegger, Mille et Une Nuits, 2000, ouverture du texte.

[3] Par-delà bien et mal (1886), § 6.

[4] Sur le flux de pensée chez Woolf : https://fr.scribd.com/document/913764330/Virginia-Woolf-Le-Flux-de-la-Conscience

[5] Groupe littéraire et artistique de misfits géniaux du début du XXe siècle à Londres : Woolf, John Meynard Keynes, Duncan Grant,.. bisexuels contre les conventions victoriennes, prônant l’art pour l’art, pacifistes au moment de la première guerre mondiale, République des lettres et communauté de vie…

[6] Comme Wool a fait de ses flux de pensée sa patrie littéraire, Faulkner invente un univers littéraire imaginaire autonome, avec sa géographie, ses familles, ses généalogies et sa mémoire dans : Le Bruit et la Fureur (1929), Tandis que j’agonise (1930), Lumière d’août (1932), Absalon, Absalon ! (1936)

[7] Incipit de Du Coté de chez Swann. Marcel Proust à la Recherche du temps perdu.

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